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Vohipaho Ankarabolava-Agnakatrika

Eulemur cinereiceps

Eulemur cinereiceps, un pensionnaire de Vohipaho Ankarabolava-Agnakatrika

Dans le district de Vangaindrano, au sud-est de Madagascar, subsiste un ensemble forestier particulièrement précieux : Ankarabolava-Agnakatrika, également associé au nom de Vohipaho. Située dans la région Atsimo-Atsinanana, l'aire protégée s'étend sur environ 1 560 hectares et comprend deux principaux blocs forestiers, Ankarabolava et Agnakatrika. Dans un territoire où les forêts naturelles ont fortement reculé, ces deux massifs constituent l'un des derniers refuges forestiers importants du secteur.

Une forêt humide isolée

La végétation de Vohipaho appartient aux forêts humides sempervirentes de basse altitude. La forêt pousse notamment sur des terrains basaltiques et forme un paysage très différent des forêts sèches caractéristiques du sud de Madagascar.

Son isolement donne au site une importance particulière. Les inventaires botaniques ont recensé près de 300 espèces de plantes, dont une très forte proportion d'espèces endémiques de Madagascar. Certaines plantes présentent également une répartition géographique très limitée, ce qui renforce l'intérêt scientifique et patrimonial de ces fragments forestiers.

La forêt joue par ailleurs un rôle important pour les populations locales. Elle constitue notamment une zone de naissance et d'alimentation pour plusieurs cours d'eau et participe ainsi au maintien des ressources en eau du secteur.

Une flore riche et originale

La flore d'Ankarabolava-Agnakatrika comprend plusieurs espèces remarquables. Parmi elles figurent Vitex farafanganensis et le palmier Dypsis elegans, deux plantes endémiques de Madagascar.

Mais l'une des découvertes les plus intéressantes associées à Vohipaho est sans doute Hibiscus vohipahensis. Cette espèce d'hibiscus, décrite scientifiquement en 2020, est un petit arbre forestier dont les fleurs peuvent être blanches ou rosées. Son nom rappelle directement celui de Vohipaho, témoignant du lien étroit entre cette plante et le territoire où elle a été découverte.

Un refuge pour les lémuriens

La richesse de Vohipaho ne se limite pas à sa flore. Ses forêts abritent plusieurs espèces de lémuriens menacées, parmi lesquelles le lémur à tête noire (Eulemur cinereiceps), une espèce classée en danger critique d'extinction.

On y rencontre également d'autres lémuriens caractéristiques des forêts du sud-est malgache, comme Eulemur collaris, Daubentonia madagascariensis — l'aye-aye —, Hapalemur meridionalis et Microcebus tanosi. La présence simultanée de plusieurs espèces menacées fait de ces petits massifs forestiers un enjeu important pour la conservation des primates malgaches.

Une forêt fragile

Comme beaucoup de forêts naturelles de Madagascar, Vohipaho reste soumis à différentes pressions. L'exploitation du bois, la production de charbon et l'extension des terres agricoles, notamment par la culture sur brûlis, contribuent à la fragmentation progressive de l'habitat.

La protection d'Ankarabolava-Agnakatrika ne concerne donc pas seulement quelques espèces remarquables. Elle vise à préserver l'un des derniers ensembles de forêt humide du secteur de Vangaindrano, ainsi que les ressources en eau et le patrimoine végétal et animal qui lui sont associés.

Vohipaho illustre ainsi une réalité essentielle de la conservation à Madagascar : parfois, quelques milliers d'hectares de forêt peuvent représenter le dernier refuge d'un patrimoine naturel beaucoup plus vaste autrefois.

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