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Le Famadihana

Le Famadihana est un rite ancestral malgache, sûrement l’héritage d’une ascendance austronésienne. En effet, c’est uniquement sur le continent asiatique, comme en Indonésie, qu’on retrouve des rites similaires. Le Famadihana se déroule généralement au mois de juillet à septembre, durant les vacances scolaires. 

Famadihana

Le Famadihana, ou la cérémonie du retournement des morts.

Le Famadihana, la définition

Le Famadihana est souvent traduit par “le retournement des morts”, une traduction qui éloigne cependant de ce qui aurait pu être une vraie définition. En effet, et pour simplifier les choses, le famadihana consiste à envelopper une nouvelle fois les restes du défunt dans un nouveau linceul. En théorie, le Famadihana doit être réalisé selon un cycle de 5 ou 7 ans.

Des gestes simples, mais qui sont accompagnés de symboles forts. En effet, le famadihana est un devoir envers les ancêtres. Les vivants doivent honorer les morts, pour que ces derniers puissent à leurs tours bénir les vivants. 

Ce sont surtout les merina et les betsileo qui pratiquent le famadihana. Chez les autres groupes ethniques, les rapports avec les ancêtres sont différents et ces derniers sont honorés autrement. 

Le Famadihana revêt plusieurs significations :

  • Honorer les ancêtres : C'est l'occasion de rendre hommage aux ancêtres et de leur demander leur protection.
  • Renforcer les liens familiaux : Le Famadihana est un moment de partage et de retrouvailles pour toute la famille.
  • Célébrer la vie : Malgré son caractère funèbre, le Famadihana est une célébration de la vie et de la continuité de la lignée familiale.

L’histoire du famadihana

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Il est difficile de retracer aujourd’hui le début du Famadihana dans la communauté malgache. Cependant, il semble qu’il n’est apparu qu’assez tardivement. En effet, les plus anciens habitants de Madagascar, spécialement ceux qui vivaient sur les hauts plateaux, ne l’ont pas pratiqué. 

L’hypothèse selon laquelle cette tradition est arrivée avec les vagues tardives de migrations depuis le continent asiatique semble donc tenir la route. Ce rite s'inscrit dans une conception particulière de la mort chez les Malgaches, qui considèrent les ancêtres comme des membres à part entière de la famille, toujours présents et capables d'influencer la vie des vivants.

Le déroulement du famadihana

Le Famadihana se déroule dans une ambiance festive où musiques, chants et danses résonnent incessamment. Les festivités durent généralement 2 à 3 jours, durant lesquels toute la famille, ainsi que tout le village et la communauté aux alentours participent. Et c’est la famille qui se charge de nourrir tout ce beau monde. En général, la famille reçoit encore plus d’invités lors du repas le plus important : le vary be menaka, ou littéralement du riz bien imbibé d’huile et de sauce (de zébu). Un ou plusieurs zébus sont généralement sacrifiés, si les finances de la famille le permettent bien entendu. 

Fasana

Le Famadihana, une tradition fortement lié au culte des ancêtres.

Le Famadihana proprement dit se fait généralement en quelques heures. Les ossements des ancêtres sont enveloppés dans des tsihy (nattes) et portés dehors par leurs enfants. Après une période d’identification de la part de la famille, car il peut arriver qu’il y ait des confusions à propos des identités des corps, ces derniers sont enveloppés (famonosana) un à un avant qu’ils ne soient remis à leurs places.

Chez certaines familles, les corps ne sont pas remis tout de suite dans le tombeau familial. Il sont d’abord emmenés par la famille en parade dans les rues et participent aux veillées. C’est ce qu’on appelle la danse des morts, c'est-à-dire que les corps sont ensuite portés en procession par les membres de la famille, qui dansent et chantent en leur honneur. C’est ainsi qu’entre l’ouverture du tombeau et la fermeture de celle-ci, il peut se passer 2 ou 3 jours.

Un grand banquet est organisé pour célébrer l'événement et renforcer les liens familiaux.

La ré-inhumation du corps dans le caveau familial, l’autre aspect du Famadihana

Outre le fait d’honorer les ancêtres, le Famadihana s’explique également par la ré-inhumation d’un défunt dans le caveau familial. La première raison est que ce dernier a été enterré loin de sa région d’origine, et que la famille décide enfin de rapatrier son corps afin qu’il repose auprès de toute sa famille. C’est aussi le cas lorsque le défunt n’a pas pu être enterré directement le caveau familial parce que ce dernier en a reçu un autre récemment. En effet, un laps de temps d'environ 2 ou 3 mois doit être observé avant que tombeau ne puisse être ouvert de nouveau. Lorsque c’est le cas, le second venu doit être enterré dans un tombeau de fortune, généralement pas loin, attendant de pouvoir rejoindre sa famille un peu plus tard. 

Il est également possible qu’une branche de la famille ait achevé la construction d’un tombeau, et qu’elle souhaite reprendre les parents proches afin que le cercle familial soit conservé même dans la mort. 

Extrait d'une cérémonie de Famadihana sur les hauts plateaux

Le Famadihana, une occasion de réunir la famille

Le Famadihana, c’est aussi l’occasion de rencontrer les membres de la famille et même de faire connaissance avec certains d’entre eux. En effet, il peut arriver que dans une grande famille, ceux qui appartiennent à la 4e ou 5e génération par exemple, ne se soient jamais rencontrés. Le tombeau est donc le seul lien qui les unisse et qui peut les rapprocher. Le Famadihana est également l’occasion pour ceux qui vivent loin de leurs régions d’origine pour des raisons professionnelles par exemple, de retourner au pays pour quelques jours. Le cycle de 5 ou 7 ans, s’il est encore observé, semble être bien approprié pour réunir la famille. 

Une tradition très controversée

Le Famadihana est une pratique vivante qui continue de se transmettre de génération en génération. Cependant, la modernisation de la société et l'influence des religions étrangères ont amené certains changements dans la pratique de ce rite. 

zébu

Le sacrifice des zébus, la partie la plus onéreuse des dépenses de la famille.

En effet, il est contraire à la foi chrétienne et musulmane qui domine  auprès de la population. Ces derniers croient en effet que l’esprit du défunt rejoint Dieu ou Allah immédiatement après la mort, et que l’enveloppe charnelle ne revêt plus aucune importance après que l’esprit l’ait abandonné. Il est même interdit d’y revenir dessus dès lors que le corps est enterré. Au contraire, la religion traditionnelle malgache croit que les mânes des défunts ne rejoignent le rang d’ancêtre qu’une fois son corps totalement décomposé. 

La pratique du Famadihana est également controversée pour son coût élevé. En effet, certaines familles vont jusqu’à fortement s’endetter pour  l'événement. Les dépenses liées au Famadihana sont effectivement élevées, puisqu‘il faut financer les festivités qui durent généralement plusieurs jours. 

Enfin, ces dernières années, il a été remarqué que la période du Famadihana coïncidait avec la résurgence d'épidémie de peste pulmonaire, une maladie assez rare mais qui est associée à un taux de mortalité élevé. Les autorités sanitaires ont en effet démontré que le bacille responsable de la maladie reste vivant durant plusieurs années après la mort, et que le Famadihana est pour lui le moyen de refaire surface. En 2017, l’année la plus néfaste de ces dernières années, on a enregistré 200 cas de décès liés à la peste pulmonaire.

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