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Alahamadibe ou le nouvel an malgache

L'Alahamadibe ou le Taombaovao malagasy (nouvel an malgache) est un événement emblématique de la tradition malgache, établi depuis l’époque du Roi Ralambo. Plus que l’année lunaire, elle symbolise surtout le renouveau du hasina de chacun, afin de faire face une nouvelle fois au nouveau cycle des récoltes. Si durant l’époque des anciens rois, l'événement était fêté à grande pompe, il fût quelque peu oublié durant la colonisation, et même plus tard. C’est depuis quelques années que les fervents défenseurs de la culture ancestrale malgache tentent de lui redonner vie. 

Anosimanjaka

Anosimanjaka, où l'Imerina a célébré à grande pompe l'Alamahadibe en 2024

Une tradition merina ? 

Effectivement, on parle du nouvel an malgache, mais il est surtout célébré dans la région Analamanga. C’est ce qui explique que cette date ne soit pas considérée par les autorités, contrairement à ce qui se passe en Chine par exemple. D’ailleurs, les célébrations ne se font pas vraiment en grande pompe dans la capitale, mais dans les localités historiques aux alentours, organisées par les gardiens de la tradition. 

Néanmoins, les Antemoro partagent cette fête avec les merina. Elle a été instaurée vers les années 1500 par le Roi Ramakararo, un des piliers de la création du foko Antemoro. On retrouve également l’Alahamadibe chez les Antainosy, instauré par un certain roi nommé Raminia

Simples coïncidences ou non, trois des plus grands rois de l’Imerina sont nés durant la période de l’Alamahadibe. Ce sont Ralambo, Andriamasinavalona et Andrianampoinimerina. Jusqu’à maintenant, la célébration de l’anniversaire de ses trois grands rois est encore rappelé durant les festivités. 

Le déroulement de la fête

En général, la fête de l'Alahamadibe se déroule en plusieurs phases, durant quelques jours:

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  • le Fandroana ou la purification (ou le bain royal pour la cour)
  • le Safo rano misandatr’andro, ou les anciens donnent leurs bénédictions aux familles présentes
  • l’Afo tsy maty ou l’Arendrina (ou les lampions) de nos jours, dont le symbolisme est lié au feu qui éloigne les mauvais esprits.
  • le Tsimandrimandry, ou la veillée qui signifie la communion avec les esprits
  • le Tatao, où le partage du riz avec du lait et du miel, afin de conjurer les sorts, se mettre à l’abri de la mort et apporter le bonheur
     et du zébu, et le Dihy (le Ndihin'ny Ntaolo), mélange de danse et de musique. 
  • le Tolotra hasina ou Zara hasina, la cérémonie d’offrandes afin de rendre grâce aux esprits des ancêtres et demander la bénédiction de la récolte pour la nouvelle année
  • le Joro ou le sacrifice des zébus (12 zébus pour les 12 collines sacrés aux temps d’Andrianampoinimerina)

Bien entendu, le déroulement de la cérémonie à notre époque et à une époque plus ancienne diffère. A titre d’exemple, il y a plusieurs décennies, la nourriture était plus conséquente, où plusieurs zébus étaient sacrifiés pour l’occasion. A notre époque, le pouvoir d’achat de la population, surtout dans certaines localités reculées, est moins important. Les lampions sont également des inventions modernes. D’antan, c’était surtout et seulement l’Afo tsy maty, le grand feu érigé sur la place, où la foule s'amasse pour assister aux spectacles de chants et de danses. 

La préparation de l’Alahamadibe commence bien avant les festivités. Il était par exemple de tradition de s’abstenir de tuer des zébus ou d’autres animaux domestiques, avant les dates prévues. Chaque sujet du royaume se devait de retrouver leur vertu et leur pureté. Ils devaient se pardonner les fautes et faire revenir l’harmonie au sein de la communauté. Les époux séparés devaient se réconcilier et se pardonner. Les sorciers devaient être tués et les sampy ratsy (talismans maléfiques) devaient être brûlées. Tout le monde devait également préparer de nouveaux habits pour les festivités. 

Ranavalona III

Ranavalona III, la reine qui a failli entériner l'Alahamadibe

Une date fixée selon le cycle de la lune et des saisons

La fixation de la date du nouvel an malgache est assez complexe. Elle doit se tenir aux alentours du mois de mars et d’avril, après la purification de la terre et des êtres vivants par les grandes pluies d’été. Elle doit également intervenir à la nouvelle lune, signe de renouveau et de nouveau départ. De nos jours, la fixation de cette date fait encore débat au sein des communautés concernées. Ce qui explique pourquoi la date des célébrations peut être différente d’une localité à une autre. 

Mais les traditionalistes font également face à un autre désaccord entre eux. En effet, durant le règne de Ranavalona III, cette dernière a officiellement annulé la célébration de l’Alahamadibe, et remplacé par le “Taombaovao malagasy” en novembre, coïncidant avec la date de son anniversaire. Ainsi, certains traditionalistes prônent pour une célébration du nouvel an malgache en novembre, arguant tout de même qu’il ne faut pas mélanger les deux fêtes. Certains traditionnalistes soutiennent encore cette logique. Ils pensent en effet, que puisque c'est la Reine Ranavalona III qui est plus récente, on devrait respecter sa date à elle, plutôt que celle des rois plus anciens. 

L’Alahamadibe, une fête d’origine arabe ? 

L’Alahamadibe a commencé à être célébré du temps du Roi Ralambo. Cependant, l’origine de la fête est associée à son grand-père Rabiby, un Roi qui s’est établi à Ambohitrabiby, quelques décennies plus tôt. Les récits qui content l’histoire de Rabiby sont assez rares. Mais certains précisent qu’il serait arabe, et qu’il portait en réalité le nom de Habib. Justement, l’Alahamadibe possède des similarités impressionnantes avec la célébration du ramadan et de l’Aid el-fitr chez les musulmans, comme les dates, l’interdiction de tuer les animaux domestiques un mois avant les cérémonies, le port de nouveaux vêtements, la purification, etc. 

La disparition de l’Alahamadibe au XIXe et le renouveau au XXIe siècle

La célébration de l’Alahamadibe a connu un temps d’arrêt pour la première fois durant le règne de Radama II. En effet, ce roi était chretien, et les valeurs véhiculées par l’Alahamadibe étaient quelquefois contraires à sa religion. Par exemple, durant le Zarahasina, la foule rend hommage aux sampy sacrés afin de demander leurs bénédictions, ce qui est contraire à la tradition chrétienne. Radama II était également le premier roi à vraiment adopter le calendrier grégorien. 

Mpihira gasy

Les Mpihira gasy, les rois de la fête lors de la veillée

L’Alahamadibe est ensuite revenu, même si, toujours sous l’influence du christianisme, il pesait moins. Durant la colonisation, la célébration de l’Alahamadibe était tout simplement interdite, du fait de la volonté des colonisateurs de couper court aux traditions ancestrales afin de réduire l’influence de l’identité malgache auprès de la population. Néanmoins, la célébration d’un “Taombaovao malagasy” qui signifie littéralement “nouvel an malagasy” a été autorisée à la place. 

Officiellement, la célébration de l’Alamahadibe a donc disparu au XIXe et au XXe siècle. Seules quelques communautés traditionalistes se remémorent cette tradition importante avec quelques cérémonies de faibles envergures, parfois même, dans le secret à une certaine époque. C’est vers le début du XXIe siècle que les vrais traditionalistes ont commencé à marteler son importance dans la tradition malgache. Ainsi, surtout dans les collines sacrées, les célébrations commencent à prendre de plus en plus d’importance chaque année. Des voies ont même commencé à demander l’intégration des dates des célébrations dans le programme national et d’instaurer des jours fériés pour l'occasion.

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